Dhikr et cheminement

Publié le 19/09/2014 par Julien Barbe (Dhikr, Spiritualité & Cheminement)

Le dhikr est le fait de se souvenir de Dieu, avec le cœur, des paroles, des pensées ou des actes. On le traduit souvent par « souvenir/rappel de Dieu ».

Le dhikr est une obligation pour le croyant :

« Ô croyants, invoquez le nom de Dieu d’une façon abondante » Sourate 33 versets 41

Et pourtant c’est une pratique qui est peu considérée malgré son caractère obligatoire, et certains la délaisse ou lui attribuent même un caractère secondaire, voir philosophique. Or il ne s’agit pas d’une faveur du croyant pour lui-même mais bel et bien d’une obligation pour tous les croyants.

« Puis quand la prière est achevée, dispersez-vous sur la terre, et recherchez [quelque effet] de la grâce de Dieu, et invoquez beaucoup Dieu afin que vous réussissiez. » Sourate 62 verset 10

Comme pour toutes les prescriptions Divines, le croyant a le choix entre l’investir ou la négliger, et son choix aura un impact pour lui. Et l’Envoyé de Dieu (paix et prières sur lui) a dit à ce sujet : « La différence entre celui qui pratique le dhikr de Dieu et celui qui ne le pratique pas est comme la différence entre un vivant et un mort » Rapporté par Bukhâry

Le dhikr est une alimentation spirituelle et Divine pour le croyant. Ainsi celui qui délaisse le dhikr délaisse cette alimentation. Il se retrouve livré à lui-même et il subit, désarmé, les penchants de son âme (an-Nafs), seul maître à bord. Alors que celui qui pratique le dhikr de Dieu est alimenté continuellement.

Une des particularités du dhikr que Dieu précise dans les versets précédents, est que contrairement à la prière, au ramadan, au pèlerinage ou à l’aumône qui sont des obligations intervenant à des moments précis, le dhikr est la seule obligation qui se fait tout le temps.

Dieu nous invite à beaucoup pratiquer Son rappel, à chaque instant de la vie et du quotidien et en chaque chose : le matin, le soir, au travail, pendant les repas, pendant les moments de recueillement, etc. Et plus le croyant pratique le dhikr plus il est alimenté spirituellement, ou autrement dit : plus le croyant pratique le dhikr et plus il vit par l’énergie spirituelle que Dieu insuffle en lui, Loué soit-Il. Celui qui vit pour lui seul est livré à lui-même, sans armes ni protection, et subit des attaques de toutes parts quoi qu’il fasse.

Cependant, et comme pour tout, le dhikr n’est pas quelque chose qui s’improvise. Il y a en effet une progression dans le dhikr, avec un point de départ et des étapes, avec pour chacune de ces étapes une méthode et des astuces. On distingue ainsi 3 degrés de cheminement dans le dhikr.

 

Le dhikr avec la langue

Le dhikr se vit de différentes façons au gré des étapes par lequel le croyant chemine, et chacune de ces étapes à son lot d’astuces, de récompenses et de soulagements. La première étape du dhikr consiste à prononcer des paroles avec la langue : ce sont des versets du Coran ou bien des Noms de Dieu.

Sa pratique est difficile pour le débutant, car elle demande de l’assiduité et de la rigueur. Mais le croyant doit persévérer et  s’accrocher dans le rappel de Dieu. C’est la première étape et la première difficulté à laquelle il se retrouve confronté.

Cependant, le croyant trouve dans le dhikr un premier réconfort. Il se réalimente spirituellement et trouve petit à petit, et par la Grâce de Dieu, la force d’affronter avec plus de sagesse les difficultés de la vie, le doute et les baisses de moral.

Tous les dhikr sont tirés du Coran. Ainsi chaque mot que le croyant prononce est pour lui une récompense pour sa vie future.

Prenons l’exemple du Nom Divin « Allâh » composé de 4 lettres en arabe (A-L-LA-H). Chaque lettre correspond à une hassanat que Dieu multiplie par dix par Sa Grâce et Sa Miséricorde sans commune mesure. Ainsi celui qui prononce le Nom Divin « Allâh » est récompensé, au minimum, par 40 hassanates, et Dieu donne ce qu’Il veut à qui Il veut.

L'Envoyé de Dieu, que Dieu lui accorde la grâce et la paix, a dit : « J'ai rencontré, au cours de mon ascension nocturne, Ibrâhîm al-khalîl qui m'a dit : « Ô Mohammad ! » Transmet mon Salam (mes salutations) à ta Communauté. Apprend-leurs que la terre du Paradis est pure (tayyibah), que son eau est d'une agréable saveur, qu'elle est formée de terrains encaissés et que les plantes de sa pépinière sont : Gloire à Dieu ! (subhana Allah) Louange à Dieu ! (alhamdou lillah) Il n'y a de dieu que Dieu (la ilaha illa allah) et Dieu est le plus grand (Allahouakbar). » » Rapporté par Tirmidhi.

Quant aux sages, ils disent que si nous connaissions la valeur réelle de « Il n’y a de dieu que Dieu » (la ilaha illallah) ou de « Gloire à Dieu » (Subhan Allah), jamais nous ne cesserions de les répéter.

 

Le dhikr avec le cœur

Petit à petit, le dhikr de la parole va pénétrer et s’enraciner dans l’interne de la personne. Le croyant qui pratique le dhikr ne peut plus se contenter de le dire seulement avec la langue, mais il doit fournir un effort supplémentaire et donner du sens à ce qu’il dit.

Ainsi, lorsque le croyant demande pardon à Dieu en répétant certaines formules, il doit essayer de vivre avec la pensée et avec le cœur ce qu’il est en train de dire. Pour s’aider, il peut revenir à l’état d’esprit dans lequel il était lorsqu’il fut amené à demander pardon à un ami, un parent ou un professeur. Etaient-ce des paroles vides de sens ou bien portaient-elles un poids particulier au moment où il a prononcé ses excuses ? Peut-être étaient-elles mêlées d’un sentiment de honte ou de culpabilité. Lorsque le croyant demande pardon à Dieu, il doit faire l’effort de structurer dans son cœur et dans sa mémoire ce positionnement pour donner du sens, du poids et de la profondeur à ce qu’il dit.

Et Dieu dit, en parlant de Ses versets :

« Nous allons te révéler des paroles lourdes. » Sourate 73 verset 5.

De la même façon, lorsque le croyant dit « Il n’y a pas de dieu en dehors de Dieu » (la ilaha illallah) il doit faire l’effort dans son cœur de se rappeler que vraiment il n’y a pas de dieu en dehors de Dieu, que c’est Lui le Miséricordieux, le Capable, le Puissant, et que nul ne crée, ne fait, n’ajoute, n’enlève si ce n’est Dieu, Gloire et Louange à Lui qui nous a donné la vie et qui peut la reprendre sans aucun effort et quand bon Lui semble.

 

Le dhikr au quotidien et la Présence Divine

Plus le croyant progresse avec le dhikr de la langue, plus il progresse avec le dhikr du cœur et plus il arrive au dhikr du corps, des actes et du quotidien.

Le véritable dhikr, le grand dhikr, est celui qui se pratique en chaque instant. En effet, le croyant ne peut pas demander pardon à Dieu et en même temps faire des choses blâmables. Le dhikr l’invite petit à petit à réformer sa vie et à mettre en pratique, et avec sagesse, ses obligations.

Le dhikr réveille les sens internes et externes du croyant, il lui apprend à tourner ses gestes, son regard, son ouïe et son cœur vers les choses licites et à les détourner des choses illicites, par amour pour Dieu et pour Sa Vérité Sublime.

De même, au fur et à mesure que le croyant pratique le dhikr, Dieu par Sa Grâce et Sa Miséricorde le fait progresser de degrés en degrés et lui dévoile peu à peu Sa Vérité Sublime. Il arrivera éventuellement un moment où le croyant vivra la Présence de Dieu, pendant un court instant, et plus il pratiquera le dhikr, plus il vivra et sentira Sa Présence.

« Nous sommes plus près de l’homme que sa veine jugulaire » Sourate 50 verset 16

« Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi. Alors Je suis tout proche : Je réponds à l'appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu'ils répondent à Mon appel, et qu'ils croient en Moi, afin qu'ils soient bien guidés. » Sourate 2 verset 186

En effet, Dieu est présent partout et à chaque instant. Pour l’itinérant en quête de Vérité, ses sens internes et externes sont enveloppés par des voiles épais qui l’empêchent de vivre Sa Présence en toute chose. Le dhikr va redonner vie à ses sens, et lever les voiles qui lui masquent la Grande Vérité de Dieu. De degré en degré, il parviendra éventuellement au très grand degré de réalisation où il vivra la Présence de Dieu comme seule et unique présence qui nie toutes les autres.

 

Enfin le croyant apprend au fur et à mesure de son cheminement, que ce n’est que par la Grâce de Dieu qu’il progresse, et que c’est Dieu qui le fait passer d’une étape à une autre. Il implore alors avec acharnement Son Seigneur de lui ouvrir la voie de la Vérité et du salut.

 

Louange à Dieu ! Celui qui a créé les cieux et la terre, et tout ce qui existe entre eux ! Le Miséricordieux !


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