Lettre au gouvernement d'un ancien jeune musulman radical

Publié le 19/11/2015 par Karim C (Actualité)

Voici une lettre que notre frère Karim avait écrite il y a de nombreuses années. Nous avons décidé de la publier aujourd’hui car elle est encore, malheureusement, d’une cruelle actualité.

 

Quand une personne s’intéresse à l’Islam, on lui conseille souvent de se documenter, de lire pour se faire une idée ou pour améliorer sa pratique par plus de connaissances. Il est donc logique de se diriger vers des librairies spécialisées, ou les mosquées pour les musulmans de naissance. C’est ce que je fis vers mes 18 ans, à la recherche de moi-même, de mon identité, à la recherche de Dieu et pour donner un sens à ma vie après m’être renseigné sur toutes les religions. Par déduction logique, je dirais même par pragmatisme, j’ai décidé d’adopter la religion musulmane. Ma quête commença donc dans cette religion, je me mis à lire les livres sur la prière, sur le culte, sur la spiritualité. La première chose qui m’a frappée, c’est la rigidité. En effet, le premier livre que j’ai lu sur la prière parlait clairement d’une manière de prier avec des gestes mécaniques en occultant complètement le côté spirituel. L’accent était mis sur la manière de se prosterner, de placer ses membres, tout en en omettant la question essentielle : comment placer son cœur. J’étais mal à l’aise, vraiment. J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose, mais je travaillais sur moi-même, je me disais qu’il s’agissait sûrement de la ruse de Satan qui voulait me faire dévier du droit chemin en mettant dans ma tête des pensées étranges ou ce sentiment bizarre que quelque chose clochait. D’autant plus que chaque parole de ce livre était argumentée par des hadiths (dires du prophète) et des versets du coran, c’était donc forcément vrai. Parmi les premiers ahadiths qui sont inculqués, il y a celui de l’innovation : « Toute innovation est un égarement et tout égarement est voué au feu », l’interdiction de se raser la barbe. Je remarquais qu’à la mosquée tous les « jeunes » qui cherchaient la vérité lisaient ces livres et tous les plus vieux qui me semblaient avoir du savoir les lisaient aussi et en plus ils lisaient ces mêmes livres en arabe !!! Nous avions donc une épée de Damoclès qui planait sur nos têtes. Faire un geste différent ou penser différemment était synonyme d’innovation donc impliquait implicitement les flammes de l’enfer.

On a donc utilisé ma sincérité pour me prendre en otage intellectuellement… Petit à petit, mon esprit a été formaté, on avait réussi à m’inculquer que le meilleur modèle de pensée c’est une phrase courte ou une idée simpliste, toujours étayée par une preuve scripturale : soit un hadith, soit un verset, soit une parole d’un ancien savant et que toute idée différente sans preuve, ou avec des sources et des auteurs autres que ceux auxquels on faisait référence, étaient considérés comme des preuves faibles et donc caduques.

Jeune, issu d’une cité pauvre sans véritable esprit critique, et entouré de musulmans dans ma situation, avec comme modèle concret les Imams de la mosquée, je suis rentré complètement dans le moule. Dans ma recherche de science et de paix, j’allais dans les librairies spécialisées dans la grande ville la plus proche de chez moi pour acheter des livres et m’instruire. Petit clin d’œil, il y avait un grand commissariat de police dans ce même quartier.

Les librairies étaient inondées de livres d’auteurs saoudiens ou d’auteurs influencés par la doctrine officielle de cet état. Ce sont toujours les mêmes auteurs, Ibn Taymiyya, Abd Al Wahab Ibn Baz, Al Outheymine Al Albani Muqbil. Les sujets qui revenaient le plus étaient le monothéisme (l’apprentissage du monothéisme, le mariage, la vie après la mort, les châtiments de la tombe, la prière, l’innovation, les biographies des Compagnons et du Prophète, ainsi que tout ce qui a attrait aux esprits malins [djinn]). À côté de ces livres il y avait aussi quelques livres sur le soufisme, mais ils étaient très rares ils se comptaient sur les doigts d’une main. On trouvait aussi des livres « réformistes » comme al Qaradawi souvent influencés par les penseurs égyptiens qui traitaient des thèmes de société d’une manière plate virtuelle, soporifique. Revenons aux livres majoritaires.

Ils sont souvent traduits dans un Français très souvent plus qu’approximatif, écrit d’une manière simpliste, minimaliste, en utilisant souvent le même modèle évoqué : idées manichéennes saupoudrées de hadith, de versets et de citations de prédécesseurs qui sonnent creux. Parmi les premières choses inculquées implicitement, c’est le rejet de toute tradition mystique, pour les Maghrébins, une méprise de leur passé, en utilisant l’anathème. En effet au Maghreb, on voue un grand respect aux saints morts et vivants et le soufisme est très présent dans la vie quotidienne. Car l’idée qui est véhiculée, ici en France, c’est qu’il faut adorer Allah Seul, sans associé [jusque-là rien à signaler], mais que l’utilisation d’intermédiaires, la visite des mausolées des saints, et le soufisme [science par excellence de la spiritualité] sont du Shirk, c’est à dire du polythéisme. Le petit jeune de banlieue se trouve donc dans une situation ou peu à peu il a un mépris, voire une haine, de son passé, de son identité profonde. Le soufisme, le cheminement spirituel auprès d’un Maître et les sciences traditionnelles annexes, telles que la médecine, la géomancie, l’astrologie, sont perçus comme de l’égarement. Au contraire, ce qui est prôné c’est une religion apprise dans les livres, une religion austère renfermée, intolérante, égoïste, ethnocentrée, en opposition avec les non-musulmans. Rien ne me poussait à réfléchir à rechercher, car tout était préparé et servi comme au fast-food et ceci mène irrémédiablement à la paresse intellectuelle.

C’est le terreau du radicalisme. Moi-même pendant des années, influencé par ces lectures, j’étais en conflit avec mes parents et les traitait de mécréants, j’étais dans l’opposition avec les non-musulmans, les « kouffar », à l’écart de la vie sociétale, pas intégré, mais en même temps totalement inscrit dans le moule du système de consommation. Les médias « violants », oui oui ce n’est pas une faute d’orthographe, diffusaient des images du Proche-Orient d’une violence inouïe, ce qui attisait encore plus la haine de l’Occident. Les reportages qui stigmatisaient les musulmans avec des mensonges éhontés sur notre communauté, le chômage, la pauvreté, la ségrégation des Maghrébins et leur discrimination augmentaient la frustration… Combien de fois ai-je pensé à aller en Palestine, en Irak y faire la guerre ? Combien de fois, combien de fois ai-je pensé m’en aller, car on me faisait comprendre que l’on ne m’aimait pas !!

Sans rentrer dans des idées de fonds, pour rester bref et simple, le gouvernement qui veut soi-disant lutter contre le radicalisme islamiste doit instaurer des lois et imposer des conditions drastiques à la vente et à la distribution de ces livres. Des millions d’euros gaspillés à lutter contre le terrorisme seraient économisés. De plus, l’alternative proposée à cet islam dit « radical » est tout aussi dangereuse, aussi perverse… Cet islam dénaturé, cet islam insipide, cet islam pervers, cet islam théorique, abstrait, qui est distribué dans les médiathèques et bibliothèques municipales, et dans les rayons de la FNAC qui détourne de la Loi Divine, qui éloigne de l’Ordre Cosmique établi depuis la nuit des Temps, cet islam radical aussi. Le gouvernement a même essayé de mettre en place certaines institutions, mais les jeunes ne se sentent pas représentés par de vieilles personnes roulant pour le gouvernement de leur pays d’origine, ou des organisations qui malgré tout le bien que l’on puisse dire n’arrivent pas à travers leurs actions à mobiliser le cœur et à appeler à la Transcendance. Heureusement, par un miracle que Dieu fait, se glissent parmi ses rares livres de merveilleux trésors.

Je suis sorti de mon monde rose et j’ai compris beaucoup de choses. Si la littérature du courant officiel saoudien est si florissante, ce n’est pas pour rien: c’est pour continuer à susciter des peurs et des incompréhensions entre les citoyens français et à déposséder les Français d’origine maghrébine de leurs racines et de leurs traditions [dans le sens théologique du terme] afin de mener à bien leurs projets politico-politicards de destruction, et d’utiliser la peur soigneusement cultivée quand le besoin s’en fait ressentir. Car un état a besoin de pouvoir unir sa population contre un ennemi commun quand tout va mal. Cette haine suscitée provoque la cohésion, quand les citoyens sont sur le point de se rendre compte de votre illégitimité de votre incohérence, de vos incompétences.

Je jette cet article comme si l’on jetait une bouteille à la mer. S’il parvient à un membre du gouvernement, je vous demande pourquoi. Pourquoi ne pas lutter réellement contre le radicalisme ? Pourquoi ne prenez-vous pas les bonnes décisions ? Pourquoi tant de haine ? Savez-vous que vous courrez à votre perte ? En réalité, j’ai mes réponses, car j’ai compris ce qui se tramait dans vos arcanes, vos projets, vos buts, et même les procédés utilisés.

Je vous dis tout de go.

Savez-vous que vos projets sont déjà tombés à l’eau ? Savez-vous que vous n’allez pas réussir, que vous allez échouer ? Mais en plus de l’échec, vous allez vous faire du mal à vous-même et le monothéisme et l’islam se répandront contre votre gré.

Je vous tends la main. Je suis prêt à donner de ma personne, de ma vie même s’il le faut, pour lutter contre cette gangrène. J’ai analysé, vécu et décrypté les procédés d’engrenage, les codes et je peux fournir les pistes nécessaires à la déconstruction de tout ce qui mène à ce fléau qu’est la radicalisation.

Mais sachez que même si vous me tendez la main, vous ne me piégerez jamais. Par la Volonté de Dieu, je sais comment vous répondre et ce que vous attendez. Je suis armé jusqu’aux dents, cette arme c’est l’Amour, l’Amour Universel. C’est cette arme de reconstruction massive qu’il faut donner aux jeunes selon des procédés bien spécifiques. Je ne suis pas seul à disposer de cette arme, une armée se lève en ce moment même.

Je suis à la disposition de l’Humanité et je ne demande aucun salaire, aucune reconnaissance, rien, si ce n’est la paix et l’harmonie dans ce merveilleux pays et sur cette merveilleuse terre.

À bon entendeur…

 


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Commentaires (2)

Nouveau commentaire

de Fawzia Jeudi 26 novembre 2015 à 09h53

Salam,

Ce jeune homme dit avoir analysé, vécu et décypté les procédés d'engrenage, les codes utilisés pour embrigader de jeunes croyants, c'est-à-dire pour les déposséder de leur raison et de leur libre-arbitre.

Ne pourrait-il pas les publier ?.

de Rémy Savin Jeudi 26 novembre 2015 à 01h25

Salam.


Très beau texte, et je pense que de nombreux lecteurs se reconnaîtront. Puissent les destinataires de cette lettre comprendre ce que cela implique, in sha Allah.