Iqad al-Himam : Sagesse 11

Publié le 25/11/2017 par Karim C ()

Enterre ton existence sous la terre de l'abandon car ce qui pousse sans avoir été enterré ne parvient pas à maturité.

Enterrer, signifie recouvrir, ensevelir, préserver. La terre de l'abandon signifie une vie ou l'on perd la considération des gens. La maturité d'un arbre c'est les fruits qu'il donne, dans cette sagesse la maturité est la métaphore qui représente le jugement, la sagesse, les dons et les sciences que l'on récolte grâce à la connaissance de Dieu. Cela signifie aussi la mort de l'égo et la vie de l'âme.

Je dis : dissimule ton égo, O disciple, enterre là sous une terre abandonnée qui deviendra sa compagne intime et qui trouvera une saveur dans ce compagnonnage, à tel point que cette compagnie deviendra pour ton égo plus douce que le miel. Se montrer deviendra pour toi plus amère que la colocquinte. Une fois que tu auras ensevelis ton égo dans la terre abandonnée et qu'il aura pris racine, c'est alors que tu pourras en cueuillir les fruits et en voir les résultats. Il s'agit du secret de la sincerité, et la réalisation des degrés spirituels des gens de l'élite auprès de Dieu. Par contre si tu n'enterres pas ton égo dans la terre de l'abandon et que tu la laisse errer  vers la renommée, l'arbre meurt et les fruits tombent. Les connaissants récolteront leur science qu'ils ont planté dans les jardins des connaissance et qu'ils avaient enterré au sein des trésors des sagesses, et des coffres forts des compréhensions, et toi, tu te retrouveras misérables et toujours pleins d'interrogations. Ou bien encore tu essaieras de voler des parts de connaissances et tu ne parviendra nulle part. Notre maître le prophète Jésus que la paix soit sur Lui interrogea ses compagnons : Ou pousse la graine ? ils répondirent : sous terre. Il leur dit : Il en est de même pour la sagesse, elle ne pousse que dans le coeur, tout comme la graine ne pousse que sous terre.

Un connaissant a dit : Chaque fois que tu enterres ton égo sous terre et bien profondèment, ton coeur monte haut dans le ciel. Le prophète de Dieu que les prières et les bénédictions soient sur lui a dit : Il se peut qu'un homme hirsute et poussiéreux, habillé misérablment avec des guenilles, auquels les gens ne prêtent pas un regard, s'il prononce un voeu dieu le lui exauce" Une fois l'envoyé de Dieu que les prières et la paix soient sur lui était assis avec Al Aqra' bin Habis un des grands de la tribu Bani Tamim et un homme musulman pauvre passa, le prophète demanda à Al Aqra' : "Que dis tu de cette homme" Il répondit Il fait partie des pauvres parmi les musulmans, il est certain que s'il fait une demande en mariage, on la lui refusera, s'il demande l'autorisation pour quoi que ce soit on ne la lui donnera pas, s'il devait parler personne l'écouterait, puis quelqu'un d'aisé passa, alors le prophète dit : "que dis tu de cette homme", il répondit : c'est certain que s'il fait une demande de mariage, on la lui accepte, s'il demande la permission pour quelque chose on la lui donne et s'il parle on l'écoute. Puis le propète que les prières et les bénédictions soient sur lui dit en désignant le pauvre : celui ci est meilleur que tout ce que la terre peut contenir et il est meilleur que celui ci." dit il en désignant le riche. De nombreuses traditions (ahadiths) font l'éloge de la discrétion et de vivre à l'abri des regards, elle contient beaucoup de bienfait et de vertues, si elle ne contenait que le repos et un coeur léger ce serait déjà bien amplement suffisant. Al Hadrami a chanté les vers suivants :

Vis caché à l'abri de l'évocation des gens et soit en satisfait.

Ainsi ta religion et ta part de ce bas monde seront sain et sauf.

Tel n'est pas le cas de celui qui fréquente les gens.

Il ne cesse d'aller et venir entre action et inaction.

Certains sages ont dit : Vivre une vie effacée et discrète est une bénédiction, mais cela répugne à l'égo, l'exposition est une calamité que l'âme désir. Un autre connaissant a dit : Notre Voie spirituelle ne convient qu'aux gens qui balayent les ordures avec leur âmes. Je dis qu'il est obligatoire pour ceux qui sont éprouvés par le pouvoir et le prestige, d'oeuvrer détruire le prestige que l'on pourrait avoir auprès des gens, on peut même faire des choses déconseillées, avec pour objectif la guérison de l'égo, tant que ce n'est pas illicite (Harâm). On peut par exemple aller mendier dans les boutiques ou dans les maisons, manger dans le marché devant tour le monde, et y dormir, proposer aux gens de les désaltérer avec une eau que l'on tire d'une outre en cuir en échange d'une pièce, porter des détritus sur la tête en prenant bien soin de les garder, marcher pied nu, se faire passer pour quelqu'un d'avare, de radin. S'habiller avec des vieux vêtements rapiécés, porter un gros chapelet autour du cou... et toute chose qui pourrait peser sur l'égo tant que ce n'est pas illicite (harâm). Le Shaykh Zarrouq a dit : tout comme il ne convient pas d'enterrer les graines dans une mauvaise terre, il n'est pas autorisé de s'enterrer dans une terre qui n'est pas agrée pour échapper au regard des gens et à leur considération. Cependant on ne peut pas comparer la perte du rang social aux affres de la mort. En effet quand la perte de la vie entraine l'arrêt de tout bonne oeuvre obligatoire ou surrégatoire, se hâter à abréger la vie d'ici bas alors qu'il y a la possibilité de la préserver est interdit à l'unanimité en conformité avec les dire du Très Haut " et ne vous jettez pas dans la destruction par vos propres mains", à contrario la perte du prestige du rang social, et la vie dans l'effacement et la discrétion, ( à dire mettre fin à la vie sociale au prestige )n'entraîne pas la même chose que mettre fin à sa vie tout court en effet, cela mène plutôt à la perfection, tant que c'est basé sur des choses autorisées. D'autres ont dit : si Dieu a autorisé la perte du prestige et une vie très discrète pour alimenter la vie d'ici bas qu'en est il alors pour la vie de l'au-delà, cette nourriture qui alimente la vie d'ici bas et celle de l'au delà est la connaissance. C'est cette connaissance qui doit être le but. L'histoire du voleur des bains publics est la pour en témoigner. Et Dieu est le plus savant.

J'ai entendu le maître de notre maître dire : le disciple faqir sincère peut tuer son égo avec simplement les choses autorisées les plus insignifiantes, et le faux disciple tombe dans l'illicite et n'arrive pas à tuer son égo. Il mettait très souvent en garde contre les états ténébreux. Nous avons dans le licite ce qui nous dispense du détestable et de l'illicite. Mendier est détestable, et c'est interdit si c'est pour alimenter son corps alors qu'on a de quoi subvenir à ses besoins si c'est pour alimenter l'âme alors ce n'est pas illicite. Al Qastalani en a parlé dans son commentaire du receuil de Hadith d'Al Boukhari selon Ibn Arabi cela est même nécessaire pour le disciple à ses débuts. Il en a parlé dans d'autres ouvrages, si Dieu le veut nous utiliseront aussi ses paroles qui expliquent les dires suivant "ne tend pas tes mains pour prendre des créatures."

Nuire à sa réputation soi-même pour perdre le rang social comme je l'ai évoqué précedemment peut aussi entraîner la célébrité. La vie (Khoumoul) dans l'effacement et la discretion c'est être invisible aux yeux des gens, et même cela peut donner lieu à des grandes manifestations. Je dis que le Khoumoul c'est perdre toute l'estime des gens et leur cacher le secret de la sainteté ou tout autre indice laissant imaginer le rang de saint. Il s'agit même de nier cette charge quand on la lui attribue. Ce mode de vie peut donner lieu à une certaine exposition. C'est pour cela que notre Shaykh dit : Notre voie c'est l'exposition dans l'effacement et l'effacement dans l'exposition. An Najibi a dit dans Al Inala : les soufis qui disent que le port des vêtement rapiécé amène la renommée on lui répondra que Salmân Al Fârisi a voyagé pour aller rendre visite à Abou Darda de l'irak à la région de Shâm à pied. Il avait un vêtement épais et rapiécé on lui a dit : tu t'es attiré la renommée. Il répondit alors : le bien est celui de l'au-delà;, quant à moi je ne suis qu'un esclave et je m'habille comme tel, lorsque je serai affranchi, je m'habillerai avec des vêtements d'apparat et je ne me soucierait pas de ce que l'on en dira. L'histoire d'Al Ghazali va dans ce sens, il portait des peaux de boeuf sur son dos et balayait dans le marché, en distribuant de l'eau avec une outre en cuir quand il a rencontré son Shaykh Al Kharaz, c'est ce que j'ai entendu à plusieurs reprises de mon maître spirituel (Shaykh). Regarde ce qu'il se passa entre Abou Bakr Ibn Arabi et Al Ghazali cette histoire est l'illustration de la sagesse : "Il se peut qu'il ait allongé une existence mais écourté Son soutien" que nous verrons plus tard

Il y a aussi l'histoire de Shushtari avec son shaykh Ibn Saba'in. Shushtari était un ministre et un savant et son père était un Emir. Lorsqu'il voulu s'engager dans la Voie des gens du soufisme le Shaykh lui dit : Tu n'obtiendra aucune grâce tant que tu ne vends pas les bien dont tu profites, et que tu ne t'habilles pas d'un vêtement de laine et que tu entres ainsi dans le marché en jouant du tambourin en disant : je commence par l'évocation du Bien Aimé. Il fit cela durant trois jours et le voile se déchira. Dès lors il se mit à chanter dans les marché sur les sciences des saveurs spirituelles et parmi ses paroles il y a :

Un petit vieux de Meknes

Chante en plein milieu des marchés.

Qu'est ce que j'ai à faire des gens

Et qu'est ce qu'ils ont à faire de moi.

Il a aussi dit :

Qui est qui, ou est la frontière ?

Comprenez celui qui parle par paraboles

Regardez la personne âgée.

La canne et, la sacoche de toile

C'est comme ça que j'ai vécu à Fes

L'humiliation m'a été rendue facile

Qu'est ce que j'ai à faire des gens

Et qu'ont ils à faire de moi.

Comme ses paroles sont douces.

Quand il erre dans les marchés.

Tu vois les propriétaires des boutiques.

Tourner autour, par petits groupes.

Et lui avec sa sacoche autour du

Sa petite canne et sa cruche

Un maître qui construit sa vie sur la base

De la Volonté de Dieu

 

 

Il y a aussi une histoire similaire d'un homme qui restait auprès d'Abi Yazid Al Bistâmi. Il demeura ainsi trente sans jamais le quitter ni manquer une de ses réunïons spirituelles.

Un jour cet homme lui dit : O Professeur, cela fait trente ans que je jeûne la journée et que je passe mes nuits en prière. J'ai délaissé mes appêtits physiques et mondains, je ne trouve plus du tout dans mon coeur les maladies que tu évoques. J'atteste de la véracité de tes paroles. Abou Al Yazid lui répondit : Même si tu priais trois cent ans, tu resterais tel que je te vois maintenant, et tu n'obtiendrais même pas un atome.

Pourquoi professeur demanda t-il ?

Parce que tu es voilé par ton égo. Répondit-il.

Y'a t-il un remède afin que je puisse retirer ce voile.

Oui répondit Abou Yazid, mais tu ne l'acceptera pas et tu n'agira pas avec ce que je te préconiserai.

Il dit : j'accepterai et j'agirai en considération

Abou Yazid lui dit alors : va immédiatement chez le coiffeur, rase tes cheveux et ta barbe et enlève ces vêtements et met une cape, met un sac en bandoulière autour de ton cou, rempli le de noix et réunis des enfants autour de toi et dis d'une voix forte :          Eh les enfants celui parmi vous qui me donne une gifle, je lui donnerais une noix. Rentre ainsi au marché ou les gens te respectent et te tiennent en haute considération jusqu'à ce tout ceux qui te connaissent te voient.

Il lui répondit : Soubhanoullah (gloire à Dieu) !!! Abou Yazid, tu dis ça à quelqu'un comme moi, et tu penses vraiment que je vais le faire.

Abou Yazid rétorqua : Ta glorification par le terme soubhanoullah c'est de la mécréance.

Il lui dit : comment ça

Le Shaykh lui répondit : car c'est ton égo que tu tiens en haute considération et c'est lui que tu as glorifié.

Le disciple dit alors : Abou Yazid je ne peux pas le faire et je ne le ferais d'ailleurs pas. Montre moi quelque chose d'autre que je pourrais faire.

Abou Yazid lui dit : Hors de question, commence déjà par faire cela avant toute chose jusqu'à ce que tu perdes ton rang social, et alors je te monterais ce qui te convient.

Il lui dis alors, je ne peux pas faire cela.

Le saint lui répondit : tu avais pourtant dis que tu allais accepter et t'executer, je sais que ce qu'une personne convoite et qui est voilé aux autres gens du commun en terme de secret invisible ne peut être obtenu que si elle tue son égo et qu'elle rompt les habitudes qui ressemblent à celles de tout le monde. Il sortira alors de l'ordinaire et il verra alors les avantages d'une telle attitude.

On peut citer aussi l'histoire de Abi 'Imran Al Barda'i avec son Shaykh Abi Abd Allah Tawdi à Fes. Il fit tout ce qu'il lui avait demandé. Il se rasa la tête, se vêtit d'une jellaba et pris un pain et l'interpelait en disant qui allait le sauver. On peut citer l'histoire de Sidi Abd Rahman Al Majdoub, qui mangeait la paille sous les arbres des gens et qui chantait dans les marchés, il a brisé sa propre réputation dans la ville d'Al Qasr, on l'a même vu même à plusieurs reprises y faire la circombulation, On peut noter que Sidi Ali qui a brisé son égo en faisant en sorte de perdre son rang social à Fes, et cela est aussi connu, comme le soleil dans l'univers, il a vécu par la suite dans la ville de Slifet et y est mort. Notre Shaykh Moulay Al Arbi a vécu des choses similaires, il a lui aussi porté un sac autour du cou et a fait boire les gens avec une gourde et d'autres choses encore bien connues. Toutes ces histoires nous montrent que le fait de devenir insignifiant, et voilé aux regards n'est pas comme les gens du communs le croient, c'est à dire rester prostré chez soit ou fuir dans les montagnes. Au contraire, pour ceux qui se sont réalisés spirituellement il s'agit d'une manière de se montrer. Le fait de passer inaperçu et de tomber dans l'estime des gens c'est comme le dit Shaykh Zarrouq : c'

est lorsque l'égo se rend compte de ses attributs les plus bas et les plus vils et qu'elle en est consciente en permanence. Comme par exemple être rabaissé, humilié, ainsi que tout ce qui lui est pesant. Le but de réaliser l'avilissement l'humiliation c'est pour, par la suite réaliser la qualité de la modeste, l'attribut de l'humilité et bénéficier de ses fruits qui sont une réalisation parfaite et des oeuvres (bénéfiques dans le sentier de Dieu). Si tu me dis que faire ce genre d'acte et montrer de tels états expose aux critiques des gens et provoque la médisance. Je te répondrais que les qui amènent le blâme sont construite pour viser un objectif précis avec une intention bien définie, et toute personne qui oeuvre afin de tuer son égo, d'arriver à la sincerité, et guérir son coeur, alors les personnes qui médisent sur eux sont pardonnées et excusées. Sidi Ali a écrit dans son livre : nous excusons ceux qui nous trouvent des excuses et nous excusons aussi ceux qui ne nous en trouvent pas. Dans son livre Al Qawa'id, le Shaykh Zarrouq écrit : Les jugements délivrés par la jurisprudence s'appliquent de manière générale aux gens du commun car l'objectif est d'enraciner la religion, d'élever son drapeau, et qu'elle soit manifeste. Le jugement de ce qui s'applique dans le soufisme est particulier et s'applique à une élite, bien que le soufi ne doit pas rejetter dénigrer ou ne pas appliquer la jurisprudence externe. D'ailleurs il est obligatoire que le soufisme revienne à la jurisprudence pour les avis religieux, mais non pour les réalités spirituelles.

Remarque : ces remèdes que nous avons évoqué ne s'appliquent que lorsque le disciple est malade. Celui qui est complètement guérit, et qui s'est totalement éteint, c'est un esclave de Dieu/un serviteur sincère de dieu en toutes circonstances, qu'il soit caché ou qu'il soit exposé aux regards. A propos de cela Abou'Abbas Al Mourci a dit : celui qui aime l'exposition alors il en est l'esclave, et celui qui aime être caché alors il est l'esclave de l'occultation. Le serviteur de Dieu le sert qu'il soit caché ou exposé.


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